Résultats du Baromètre Safer Internet France 2026
Article publié le 6 mars 2026
Baromètre Safer Internet France 2026 : que révèle la première enquête sur l'expérience en ligne des jeunes ?
Cet été, Internet Sans Crainte, e-Enfance/3018 et Point de Contact ont interrogé 317 jeunes de 8 à 18 ans sur leur vie en ligne : leurs usages, leurs peurs, leurs réflexes, leurs attentes. Les résultats de ce premier Baromètre Safer Internet France dessinent un paradoxe que tout parent, enseignant ou éducateur devrait connaître : les jeunes se sentent en sécurité en ligne, tout en étant régulièrement exposés à des situations à risque. Voici ce qu'il faut retenir, question par question et voir l'infographie de synthèse du Baromètre Safer Internet France
Qu'est-ce que le Baromètre Safer Internet France sur l'expérience en ligne des jeunes ?
Le Baromètre Safer Internet France est la première enquête nationale menée conjointement par les trois membres du consortium Safer Internet France :
-
Internet Sans Crainte (programme national de sensibilisation opéré par Tralalère),
-
le 3018 (numéro national contre les violences numériques, opéré par l'association e-Enfance)
-
Point de Contact (plateforme de signalement de contenus illicites en ligne).
Son objectif : mesurer, avec des données concrètes, l'expérience réelle des jeunes sur Internet, entre usages numériques, exposition aux risques, connaissance des dispositifs de protection et attentes vis-à-vis des adultes et des plateformes.
Comment cette enquête a-t-elle été menée ?
Le Baromètre repose sur deux questionnaires distincts, adaptés à deux tranches d'âge (8-12 ans et 13-18 ans), diffusés du 15 juillet au 20 août 2026 par les partenaires du Safer Internet France. Au total, 317 jeunes ont répondu : 145 âgés de 8 à 12 ans et 172 âgés de 13 à 18 ans, résidant très majoritairement en France.
Il s'agit d'un échantillon de convenance, constitué sur la base du volontariat, et non d'un échantillon statistiquement représentatif de l'ensemble des jeunes en France. Les résultats présentés ici doivent donc être lus comme des tendances indicatives.
Les jeunes se sentent-ils vraiment en sécurité en ligne ?
Oui, très majoritairement, et ce sentiment progresse avec l'âge : 71 % des 8-12 ans et 91 % des 13-18 ans déclarent se sentir en sécurité en ligne. À première vue, ce chiffre est rassurant.
Mais il masque un paradoxe central du Baromètre : ce sentiment de sécurité coexiste avec une exposition croissante à des situations à risque. Plus les jeunes grandissent, plus ils naviguent avec confiance... et plus ils rencontrent, en parallèle, des contenus problématiques ou des sollicitations gênantes. Se sentir en sécurité ne signifie donc pas être épargné par les risques : cela reflète plutôt une habitude acquise, et parfois une sous-estimation des dangers réellement rencontrés.
À quels risques les 13-18 ans sont-ils exposés chaque semaine ?
Les résultats sont sans équivoque : chez les 13-18 ans, la désinformation et les fake news arrivent largement en tête des contenus problématiques rencontrés, avec 55 % des répondants qui y sont exposés au moins une fois par semaine. Viennent ensuite les contenus liés aux normes corporelles et à la perte de poids (43 %), puis les arnaques ou faux concours (34 %).
Autre donnée marquante : près de 4 adolescents sur 10 (39,5 %) déclarent avoir déjà été contactés par un inconnu d'une manière qui les a mis mal à l'aise, principalement via des demandes d'ami ou des messages privés. Chez les 8-12 ans, cette proportion reste plus faible (6,5 %), mais déjà présente, ce qui rappelle que la vigilance ne doit pas attendre l'adolescence pour commencer.
Pourquoi l'âge déclaré en ligne est-il un point de vulnérabilité commun à tous les âges ?
L'âge moyen de création d'un premier compte sur un réseau social est de 12,5 ans, alors que le seuil légal minimum est généralement fixé à 13 ans par les plateformes.
93 % des 13-18 ans jugent facile de mentir sur son âge en ligne, et plus d'un tiers d'entre eux (35 %) admettent ne pas utiliser systématiquement leur véritable âge lors de leurs inscriptions. Ce constat ne se limite pas aux adolescents : 12,5 % des 8-12 ans détenteurs d'un compte déclarent également un faux âge.
Cette vulnérabilité, commune aux deux tranches d'âge, interroge directement l'efficacité des mécanismes de vérification d'âge actuellement en place sur les plateformes les plus utilisées par les jeunes, et rappelle l'importance d'un dialogue familial sur ce sujet, indépendamment des outils techniques.
Comment les usages numériques évoluent-ils entre l'enfance et l'adolescence ?
La bascule est nette. Chez les 8-12 ans, le téléphone domine l'accès à Internet (77,8 % des répondants) et YouTube reste l'application la plus utilisée (71,5 %), loin devant les réseaux sociaux à forte dimension sociale comme Snapchat, Instagram ou TikTok, encore minoritaires à cet âge. Chez les 13-18 ans en revanche, Snapchat, Instagram et WhatsApp deviennent les usages quotidiens dominants, cités par 41 à 55 % des répondants.
Le temps passé en ligne suit la même trajectoire : 42 % des 8-12 ans déclarent moins d'une heure d'écran par jour, contre seulement 5 % des 13-18 ans. Plus d'un tiers des adolescents (38 %) dépassent aujourd'hui 4 heures quotidiennes sur les plateformes numériques. Cette évolution des usages accompagne, et explique en partie, l'évolution des risques rencontrés à chaque âge.
Comment les jeunes réagissent-ils face à une situation gênante en ligne ?
Là encore, l'âge change tout. Chez les 8-12 ans, la réaction dominante consiste à en parler à un parent ou un adulte de confiance (62 %), le recours aux outils de blocage restant secondaire (37 %). Chez les 13-18 ans, cette hiérarchie s'inverse totalement : bloquer (72 %) et signaler (60 %) les comptes ou les contenus problématiques deviennent les réflexes prioritaires, tandis que le recours à un adulte chute à 23 %.
Cette autonomisation progressive soulève une question de fond pour les parents et éducateurs : si les jeunes savent de mieux en mieux gérer seuls les situations gênantes, savent-ils toujours reconnaître les situations où il ne faut justement pas rester seul, et où l'aide d'un adulte reste indispensable ?
Que demandent les jeunes aux adultes et aux plateformes numériques ?
Le message des jeunes, recueilli directement dans le Baromètre, est sans détour. Ils considèrent que la sécurité en ligne ne devrait pas reposer uniquement sur leur propre vigilance. Concernant les plateformes, deux attentes arrivent à égalité en tête : des paramètres de confidentialité plus simples à comprendre, et une réduction des contenus choquants ou dangereux recommandés par les algorithmes (14,9 % chacune en premier choix). La généralisation des comptes privés par défaut pour les mineurs complète ce trio d'attentes prioritaires.
Concernant l'accompagnement, un même besoin ressort des deux tranches d'âge, exprimé dans les témoignages libres du questionnaire : celui d'un adulte de confiance, facilement accessible, qu'il s'agisse d'un parent, d'un enseignant ou d'un professionnel. Un signal utile pour les parents et éducateurs : le dialogue reste le levier de protection le plus attendu par les jeunes eux-mêmes, même quand ils gèrent en apparence "tout seuls".
Comment les parents et éducateurs peuvent-ils s'appuyer sur ces résultats au quotidien ?
Ce Baromètre n'a pas vocation à rester un exercice statistique : il donne des repères concrets pour ajuster l'accompagnement numérique des jeunes, à chaque âge. Trois priorités s'en dégagent particulièrement :
-
Aborder la question de l'âge déclaré en ligne, sujet encore trop peu discuté en famille alors qu'il concerne une part significative des jeunes, quel que soit leur âge.
-
Accompagner spécifiquement les 8-12 ans sur les compétences de blocage et de signalement, encore maîtrisées par moins d'un enfant sur deux à cet âge selon le Baromètre.
-
Mieux mettre en avant les dispositifs d'aide sur les plateformes, car ils ne restent pas assez visibles sur les plateformes, même si les jeunes connaissent en partie ces dispositifs.
L'ensemble des résultats détaillés, chiffres à l'appui pour chaque tranche d'âge, est disponible dans l'infographie complète du Baromètre Safer Internet France.
Téléchargez l'infographie complète du Baromètre Safer Internet France
Internet Sans Crainte est le programme national d'éducation au numérique des jeunes et des familles. Il coordonne, avec e-Enfance/3018 et Point de Contact, le consortium Safer Internet France, membre du réseau européen Better Internet for Kids.

