Écrans et santé mentale des jeunes
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Alors que la santé mentale a été reconnue comme la Grande cause nationale en France pour deux années consécutives, plusieurs études récentes convergent sur un constat : les écrans jouent un rôle réel sur le bien-être numérique des adolescentes et adolescents.
Mais faire la part des choses est important : Internet est un espace d'expression, de créativité et de lien social précieux pour tout le monde, enfants et adultes. Cependant, certains usages des écrans et des réseaux sociaux, particulièrement à l'adolescence, peuvent fragiliser la santé mentale des jeunes.
Comprendre les mécanismes qui favorisent ces usages problématiques (algorithmes, captation de l'attention, contenus polarisants…) est essentiel pour que les jeunes puissent se protéger et reprendre du pouvoir sur leur expérience numérique. C'est tout l'objet de cet article : donner aux parents, aux éducateurs et aux adolescents les clés pour naviguer ensemble vers un numérique plus bienveillant et plus conscient.
Écrans et santé mentale : des chiffres parlants
La question du lien entre écrans et santé mentale des jeunes suscite aujourd’hui beaucoup d’attention, et les études récentes permettent de mieux comprendre les réalités derrière les chiffres. Selon l’une d’elles (1) :
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1 jeune sur 4 traverse aujourd’hui un épisode dépressif ;
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près d’1 sur 3 a déjà eu des pensées suicidaires ou a envisagé de se faire du mal.
Les données montrent aussi que plus le temps passé en ligne augmente, plus les difficultés peuvent s’accentuer (2) : parmi les jeunes connectés plus de huit heures par jour, 44% présentent des signes de dépression, contre 15% chez ceux qui passent moins d’une heure en ligne.
Ces constats ne signifient pas que le numérique est forcément néfaste. Les écrans et les réseaux peuvent aussi être des espaces d’expression, d’apprentissage ou de lien social. Ce sont surtout certains usages et contextes, notamment à l’adolescence, qui peuvent fragiliser l’équilibre mental.
Le rapport de l’ANSES le rappelle (3) :
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près de 90% des 12-17 ans utilisent quotidiennement un smartphone, dont une majorité (58%) pour accéder aux réseaux sociaux numériques ;
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en moyenne, 42% d’entre eux y passent entre 2 et 5 heures par jour.
Le rapport souligne que cet usage intensif des réseaux sociaux, notamment dans une période de construction comme l’adolescence, peut s’accompagner de difficultés de sommeil, d’inquiétudes vis-à-vis de son image corporelle, des cyberviolences et cyberharcèlement. Selon l’ANSES, les filles sont particulièrement vulnérables aux impacts négatifs des réseaux sociaux, car elles utilisent davantage ces plateformes.
Surexposition aux écrans: quelles peuvent être les conséquences sur la santé mentale ?
Passer du temps en ligne fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien des jeunes, mais lorsque l’équilibre se rompt, certains effets peuvent se faire sentir sur leur bien-être. Les experts parlent parfois de “technoférence”, c’est-à-dire une interférence du numérique dans la vie de tous les jours. Cette présence constante des écrans peut, par exemple, perturber les moments d’échange avec les proches ou diminuer la qualité des interactions sociales essentielles à la construction émotionnelle.
Parmi les effets les plus observés, on retrouve les troubles du sommeil. L’usage prolongé des réseaux sociaux peut repousser l’heure du coucher et raccourcir la durée totale du sommeil. En cause : la stimulation émotionnelle continue (notifications, discussions, flux d’images) et la lumière bleue émise par les écrans, qui dérègle la production de mélatonine, une hormone indispensable à l’endormissement. Ce décalage altère les rythmes circadiens et conduit souvent à un sommeil moins réparateur, avec des répercussions sur la forme physique, la concentration et la santé mentale.
Les études montrent aussi un lien entre le temps passé sur les réseaux sociaux et les résultats scolaires plus fragiles, même si cette relation reste faible. C’est surtout la mauvaise qualité du sommeil qui semble jouer un rôle clé dans cette relation, ainsi que le multitâche numérique : en effet, consulter ses messages ou scroller pendant les devoirs réduit la capacité d’attention et la mémorisation. Le manque de sommeil qui en découle peut accentuer l’anxiété, l’irritabilité et les difficultés d’apprentissage, impactant la confiance et la motivation des jeunes.
Cet article se concentre principalement sur les conséquences des usages des écrans sur la santé mentale des jeunes, donc nous n’aborderons pas les effets néfastes de la sédentarité sur leur santé physique, même s’il vaut la peine d’évoquer le risque accru de surpoids et de troubles métaboliques liés à l’inactivité physique, car cela vient alimenter les problèmes d'image corporelle déjà cités.
Réseaux sociaux : comprendre pour mieux se défendre
Alors, que faire dans un contexte où les réseaux sociaux occupent une place si centrale dans la vie de nos ados? Comment aider les jeunes à reprendre le pouvoir ? Mieux comprendre leur fonctionnement est une étape clé pour les aider à maîtriser leurs usages du numérique.
Beaucoup de plateformes reposent sur ce que l’on appelle l’économie de l’attention : plus un contenu retient l’utilisateur, plus il est mis en avant. Concrètement, les vidéos les plus choquantes, provocatrices ou émotionnellement fortes sont souvent celles qui “marchent” le mieux et que les algorithmes vont recommander en priorité. Le travail de la commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (4) montre que son algorithme tend à pousser des contenus de plus en plus extrêmes et polarisants pour maximiser le temps passé en ligne, en particulier chez les plus jeunes.
Cette logique favorise aussi la banalisation de contenus violents ou discriminants, notamment racistes, antisémites, sexistes ou masculinistes, qui circulent largement sur certaines plateformes et peuvent être vus très tôt par les adolescents.
Le paradoxe c’est que, sur les réseaux sociaux, la désinformation concernant la santé mentale (5) est également très présente : près de la moitié des contenus sur la santé mentale consommés par les jeunes provient d’influenceurs, qui captent l’essentiel de l’audience, mais véhiculent parfois des messages simplistes ou trompeurs. Cela peut encourager l’auto-diagnostic, l’isolement ou le recours à l’intelligence artificielle plutôt qu’à des professionnels, à des adultes de confiance ou à des ressources fiables.
Peut-on devenir addicts aux écrans ?
Parler d’addiction aux écrans est tentant, mais la réalité scientifique est plus nuancée. Pour l’instant, il manque encore du recul et des études suffisamment robustes pour établir clairement qu’il existe une « addiction aux écrans » au même titre que pour l’alcool ou certaines drogues. Les usages problématiques existent, mais les chercheurs insistent sur le fait qu’il s’agit d’un phénomène complexe, qui dépend à la fois de la personne, de son contexte de vie et du type de contenus ou de plateformes utilisés.
Selon le neuropsychologue Albert Moukheiber, l'idée de la « dépendance à la dopamine » apporte une réponse trop simple à un problème beaucoup plus large. Elle tend aussi à faire porter la responsabilité uniquement sur l’individu et « sa dopamine », en oubliant la source structurelle du problème : des plateformes conçues pour capter l’attention et des algorithmes insuffisamment régulés.
Les spécialistes préfèrent parler de processus addictifs liés à certains usages plutôt qu’aux écrans en eux-mêmes. Les écrans sont les vecteurs de ces processus : ce n’est pas le smartphone en tant qu’objet qui crée l’addiction, mais un usage excessif ou compulsif d’une application particulière, qu’il s’agisse de réseaux sociaux ou de jeux en ligne, souvent centrés sur les interactions avec les autres.
Le cercle qu’il faut imaginer est le suivant : les écrans (ordinateur, smartphone ou tablette) permettent aux jeunes d’échanger via des plateformes comme les réseaux sociaux, les messageries des jeux vidéo, etc. Ce besoin d’appartenance, de validation, et d’expression de soi est fondamental pour les jeunes (6). Comprendre cette chaîne permet d’éviter de diaboliser l’objet “écran” et d’ouvrir plutôt le dialogue sur les besoins des jeunes et la manière d’y répondre de façon plus équilibrée, en ligne et hors ligne.
Alors, comment aider votre enfant ?
Toutes les études mettent l’accent sur le rôle des plateformes et des institutions dans la création d’un environnement numérique plus sûr pour les jeunes. En attendant, accompagner votre enfant dans son expérience en ligne est une manière concrète de protéger son bien-être numérique tout en maintenant une relation de confiance.
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Parlez avec lui des principaux risques – cyberharcèlement, mauvaises rencontres, arnaques, exposition à des contenus violents – en lui expliquant surtout comment les repérer et à qui en parler en cas de problème.
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Expliquez-lui simplement le fonctionnement des réseaux sociaux : les plateformes cherchent à capter l’attention et peuvent mettre en avant des contenus choquants, anxiogènes ou dangereux, non pas parce qu’ils sont “meilleurs”, mais parce qu’ils font rester plus longtemps.
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Encouragez-le à repérer, suivre et sauvegarder des comptes qui lui font du bien : contenus fiables, positifs, inspirants, qui nourrissent sa curiosité, son humour, ses centres d’intérêt plutôt que son anxiété.
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Rappelez-lui aussi que le numérique peut être un allié : certaines applications de méditation, d’auto‑thérapie ou de suivi du bien-être peuvent l’aider à mieux gérer le stress, l’anxiété, la dépression ou le manque de confiance, à condition de rester attentif à la qualité et à la fiabilité des outils utilisés.
Conclusion
Les études rejoignent ce qui est observé sur le terrain : les réseaux sociaux utilisés par les adolescents, conçus pour capter et retenir l’attention, peuvent avoir des effets importants sur le sommeil, l’humeur, l’estime de soi et plus largement la santé mentale. Il devient donc essentiel d’apprendre aux jeunes à naviguer dans cet environnement numérique en gardant en tête leur bien-être, plutôt qu’en s’en remettant uniquement aux choix des plateformes.
(1) Source : « Santé mentale des jeunes de l’Hexagone aux Outre-mer », enquête réalisée par l’Institut Montaigne, la Mutualité Française et l’Institut Terram, Septembre 2025.
(2) Source : « Mineurs en ligne : quels risques ? quelles protections ? », Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), Septembre 2025.
(3) Source : « Rapport relatif aux effets de l’usage des réseaux sociaux numériques sur la santé des adolescents », ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), Décembre 2025.
(4) Source : « Rapport d'enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs », Arthur Delaporte et Laure Miller, Septembre 2025.
(5) Source : « Santé mentale des jeunes de l’Hexagone aux Outre-mer », enquête réalisée par l’Institut Montaigne, la Mutualité Française et l’Institut Terram, Septembre 2025.
(6) Source : « Adolescence, médias sociaux & santé mentale », Pascal Minotte, Centre de référence en santé mentale (CRéSaM), Juin 2020.

