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Rapport Jouanno sur l’hypersexualisation

Dans le contexte actuel de la hausse de la circulation des images, notamment sur Internet, le phénomène de l'hypersexualisation des enfants inquiète. Mme Roselyne Bachelot, ministre de la cohésion sociale, a commandé à Chantal Jouanno, Sénatrice de Paris, une note de présentation de la situation française sur le sujet. Conjointement, le centre d’analyse stratégique a proposé un tour d’horizon international du traitement de cette question par les gouvernements étrangers. L’hypersexualisation se comprend généralement comme la représentation sexuelle d’attitudes, ou de produit qui ne le sont pas habituellement.

La France semble se réveiller au milieu d’un phénomène qui touche pourtant bon nombre de pays, dont certains ont déjà pris des mesures de protection. Pour l’instant en France l’hypersexualisation dans la publicité reste un phénomène restreint qui n’est pas encore réellement compris comme un enjeu de société ou une mise en danger. L’hypersexualisation peut en revanche toucher les enfants de manière bien plus préoccupante.

Québec, Norvège et Suède, par exemple, ont tout simplement interdit la publicité pour les mineurs de moins de treize ans. Le Royaume Uni a quant à lui proposé une charte aux distributeurs qui interdit, à titre d’exemple, la vente de soutien-gorge en satin noir pour des petites filles. Le pays a aussi encadré l’organisation des concours de mini-miss. L’Union européenne a réussi à faire s’engager 25 entreprises dans la lutte contre l’accès facile à la pornographie sur Internet.

Il est cependant important de faire la différence entre hypersexualisation des enfants et sexualité des enfants. La première notion renvoie à la représentation des enfants sur le mode de la séduction. Souvent cela est le fait des adultes : les fameuses photos du magazine Vogue, qui ont déclenché la réflexion en France, en sont un bel exemple. Mais cela peut aussi être le fait même des enfants qui se représentent parfois uniquement sur le mode de la séduction et se réfèrent à la sexualité bien avant l’âge habituel.

Le sujet interroge avant tout le rapport des petites filles avec les représentations de leurs corps ; elles seraient les premières cibles de l’hypersexualisation. Pourtant le rapport de la Sénatrice pointe le trop peu d’études concernant les garçons. Ils seraient tout autant victimes d’un rapport à l’apparence jugée trop adulte, mais surtout trop virile. Si l’éducation sexuelle des garçons passe de plus en plus par une pornographie largement disponible sur Internet, quelle représentation se font-ils de leurs corps ? La Sénatrice fait aussi le lien entre l’hypersexualisation des enfants, et la constatation de l’augmentation des problèmes d’anorexie mentale chez les plus jeunes.

Le stéréotype "les filles c'est l'apparence, les garçons c'est la virilité" est introduit de plus en plus jeune. Le concept de "pré ado" par exemple n'a pas de réalité psychologique ou physique selon la Sénatrice, mais a servi l'émergence d'un nouveau marché. On aurait également repris les codes de la pornographie dans la pub. Pourtant, les enfants n'ont pas le regard "sexuel" que seuls les adultes portent sur cette hypersexualisation. Seuls les adultes remarquent que la publicité a repris les codes de la pornographie, et que ce sont ces codes-là qui peuvent être utilisés avec des enfants.

La loi française est bien armée pour la protection de l’enfance avec notamment la notion de « l’intérêt supérieur de l’enfant » mais se heurte à la liberté de création. Dans ce contexte, le rapport préconise l’établissement d’une charte pour les professionnels et un guichet unique de signalement pour les parents. L’interdiction des concours de mini miss pour les moins de seize ans est aussi à l’étude.

Finalement, il semble qu’un effort important doit être réalisé, non pas uniquement sur les interdictions diverses du secteur marchand, mais surtout sur l’éducation des enfants et l’information des parents.

C’est d’une éducation critique à l’image dont ont besoin les enfants, qui peut s’accompagner de garde-fous comme les filtres parentaux sur ordinateurs ou sur mobiles dont il s’agit ici. Selon la ministre, l’information pourrait passer par des canaux comme la CAF, ou encore les réseaux des mères bloggeuses. Pour ce qui concerne les enseignants et les éducateurs, elle recommande de faire la différence entre les très jeunes enfants et les plus âgés, afin de nuancer l’éducation critique à l’image et la sexualité des jeunes, auquel cas il vaut mieux impliquer les infirmières et les plannings familiaux.

Le sentiment qui se dégage de ce rapport est que ce dont il s’agit ici de la question de l'égalité des sexes dans un contexte du renforcement des stéréotypes de genre. « A quoi bon vouloir être ingénieure si on éduque les petites filles sur le mode de la séduction ? » s’interroge la ministre. C’est bien pourtant de cela qu’il est aussi question puisque un sondage du magazine Julie indique que les petites filles rêvent désormais d'être "star" ou "à la maison avec un mari" plutôt qu'aventurière ou vétérinaire... Un constat à rapprocher du fait que, quoique réussissant mieux à l’école, on ne retrouve que 26% de filles en post-bac dans les filières ingénieur ?

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