Jeux vidéos : les résultats du Rapport Manders du Parlement Européen
Le parlement européen vient de publier un rapport sur la protection des consommateurs, et en particulier des mineurs, en matière de jeux vidéo. Les conclusions de ce rapport, signé Toine Manders, devraient être la base d’une résolution du parlement européen qui sera votée le 12 mars prochain. Tout en affirmant le rôle éducatif que peuvent avoir les jeux video, le rapport propose des pistes intéressantes en matière de protection des mineurs.
Côté apport pédagogique
Le rapport souligne la contribution du secteur des jeux vidéo aux objectifs visés par l’agenda de Lisbonne et la facette multiculturelles de nombreux jeux. Il met également l’accent sur le fait que ces jeux peuvent s’avérer de puissants stimulants à des fins d’apprentissage et estime du ressort du système éducatif d’informer les enfants et leurs parents des aspects à la fois positifs et négatifs des jeux vidéo. Il estime enfin que les jeux vidéo peuvent être bénéfiques dans l’acquisition de compétences importantes dans la société de l’information dans laquelle nous vivons, comme la stratégie, la créativité, la coopération et la capacité à innover.
Côté prévention
Le rapport Manders rappelle que les systèmes de contrôle parentaux sont de plus en plus difficiles à mettre en place pour les jeux en ligne, qui ne bénéficient pas d’un packaging mettant en avant des labels clairs et que les enfants peuvent télécharger facilement sans l’accord de leurs parents. Ces jeux développent en outre de plus en plus de fonctions interactives, comme l’accès à des forums de discussion, des chats écrits et vocaux et la possibilité de rejoindre des communautés de joueurs qui entraînent des risques nouveaux liés à la protection des données personnelles et l’exposition à des rencontres avec des inconnus.
La question de la violence
Elle y est également abordée, avec une claire mise en garde contre les jeux violents pour les enfants, dans la mesure où, si la violence d’un jeu ne se traduit pas automatiquement pas un comportement violent du joueur, certains experts estiment que l’exposition à long terme à des scènes brutales dans les jeux vidéo peut avoir un impact négatif sur les jeunes joueurs.
Le phénomène d’addiction
Le rapport pointe également du doigt le phénomène d’addiction, qui ne concerne qu’une minorité de joueurs mais doit être pris en compte non seulement par les parents mais par tout l’écosystème du jeu vidéo, y compris les producteurs et les vendeurs de ces produits.
Le point de vue développé dans ces pages est que s’il n’existe pas de solution unique et miracle à la protection des mineurs en matière d’usage des jeux vidéo, il importe d’explorer différentes approches afin de renforcer le contrôle de ce secteur. Les experts proposent en particulier la mise en place d’un « bouton rouge » sur les différents terminaux permettant de jouer (consoles, ordinateurs…) qui permettrait d’interdire l’accès à certains jeux - ou parties de certains jeux - ou d’en limiter l’accès à certaines plages horaires. Autre piste suggérée : l’intégration d’un système d’avertissement sonore pour le système de classification par âge PEGI… Plus de communication autour du PEGI, et la mise en place du PEGI online, et une amélioration /mise à jour des classifications PEGI sont également souhaités.
De façon plus générale, le rapport milite pour une intensification des campagnes d’information à la fois grand public et dans les écoles, afin que les parents puissent choisir les jeux de leurs enfants en connaissance de cause, et que soit comblé le fossé générationnel entre parents et enfants. La dimension législative de la problématique fait l’objet de plusieurs recommandations également. On retiendra en particulier la volonté de:
• Mieux encadrer les pratiques des cyber-cafés envers les jeunes clients
• Mettre en place des codes de conduite paneuropéens en matière de vente des jeux violents aux mineurs, y compris en ligne
• Imaginer des dispositifs légaux contre l’utilisation abusive des jeux vidéos à des fins commerciales malhonnêtes
Un tour d’horizon aussi dense que riche donc, à l’échelon européenne, des multiples aspects qu’une réelle politique de gestion des jeux vidéo doit prendre en compte pour être véritablement efficace !



Statut quo ?
Le rapport vient d'être voté le 12 mars.
Quelques extraits tout de même sur la régulation à venir :
En résumé : on garde le système auto-régulé PEGI
28. invite instamment les États membres à mener, auprès des parents et des enseignants, des actions d'information visant à combler le fossé technologique entre générations, à promouvoir les systèmes PEGI et PEGI Online et à favoriser une utilisation plus sûre et intelligente des nouvelles technologies, dont les jeux vidéo;
34. estime que l'industrie devrait être incitée à développer davantage les systèmes d'autorégulation et à les améliorer et que, à l'heure actuelle, une législation paneuropéenne n'est pas nécessaire dans ce domaine;
Par contre on met en place la responsabilité pénale des revendeurs.
31. invite les États membres à prévoir, en matière civile et pénale, une législation spécialisée relative à la vente au détail à des enfants de jeux vidéo et informatiques violents; estime qu'il convient d'accorder une attention particulière aux jeux en ligne qui s'adressent principalement aux enfants et aux jeunes dans un but lucratif;
Bon, ben ça reste le statut quo, mais dans ce cas, comment concilier quelque chose d'informatif (le PEGI) et une signalétique obligatoire ? La loi sur la délinquance des mineurs prévoyait ça.
D'autant qu'est prévu l'indépendance vis à vis de l'industrie :
38. invite la Commission à élaborer des lignes directrices afin de prévenir les éventuels conflits d'intérêts au sein des organismes de classification et de préserver l'indépendance de ces organismes à l'égard des groupes d'intérêt liés à l'industrie;
Bref, y a du boulot. Sur le système PEGI, j'avais fait un article expliquant sa genèse, disponible ici. Par principe un système auto-régulé est un système où les industriels établissent les règles de conduites applicables. DOnc de par son origine mixte (Union Européenne et ISFE, le syndicat européen des jeux vidéo), on a un système hybride. Il y a bien des politiques qui siègent au PEGI, mais la représentativité est à parfaire grandement. Et puis c'est toujours compliqué qu'un système d'information ait force exécutoire. A mon avis, ce qu'ils veulent c'est que le PEGI devienne la référence, et que chaque Etat adopte la même échelle de valeur, la classification pour chaque jeu.
Y a pas à dire, le droit européen c'est merveilleux...
Ma préférée quand même reste celle la :
35. rappelle qu'il importe que les médias responsabilisent les parents et restreignent la promotion publicitaire des jeux vidéo pour adultes en se cantonnant aux tranches horaires pendant lesquelles les enfants regardent moins la télévision;
Donc, en résumé, l'Allemagne se la joue solo en matière de régulation, avec l'UK. L'Angleterre est en passe de sortir du PEGI. Mais en même temps le PEGI est réaffirmé officiellement comme instance d'auto-régulation européenne. Je suis pas sûr que ça calme les esprits tout ça. Quoique on a bien un coupable : les vendeurs - dealeurs de jeux vidéo ^^
Pour les liens hypertextes, vous les trouverez dans le psot original :
http://www.gameinsociety.com/post/2009/03/12/Rapport-sur-la-protection-des-consommateurs-et-en-particulier-des-mineurs-en-ce-qui-concerne-l-utilisation-des-jeux-video
Poster un nouveau commentaire